Hope

Titre : Hope

Autrice : Loulou Robert

Éditions : Julliard

Prix : 6,60e

Genres : Initiatique, Contemporain, Adolescence,

Synopsis : « Dans le ferry, je regarde Brooklyn rétrécir. Je me tourne vers Manhattan. Il est neuf heures, c’est le jour de la rentrée scolaire. Je ferme les yeux, le soleil réchauffe ma peau. Les nuages s’écartent pour laisser place au grand bleu. Il faut arrêter de regarder en arrière. Les souvenirs filent des torticolis et rendent malheureux. L’avenir est un trou noir. Il se dresse devant moi. Crève, Bianca. Rêve, Bianca. Cours, Bianca, tu vas rater ta rentrée. Le bateau arrive à quai. Je suis la dernière à le quitter. Je me perds dans la foule. Welcome to New York. »

Bianca vient de quitter la France en laissant derrière elle son mal de vivre. De New York, elle absorbe sans retenue l’énergie frénétique, se laisse entraîner par un tourbillon de rencontres, découvre l’univers du mannequinat, sa violence et sa solitude. Aux prises avec la complexité d’une ville aussi bouillonnante que ses émotions, Bianca doit apprivoiser ses fantômes et apprendre à slalomer parmi les vivants.

Dans cette fresque en perpétuel mouvement, on retrouve l’héroïne du premier roman de Loulou Robert, Bianca, paru en 2016. Avec son écriture sauvage et son sens inné de la narration, l’auteure poursuit ici son exploration du récit initiatique.

Mon avis

C’est un roman bouleversant, avec une héroïne attachante et écorchée. Pris au hasard, cette histoire est tout simplement inoubliable, et l’une de celles qui vous marquent sans vraiment s’en rendre compte. Même si ce livre est en réalité la suite du premier roman de l’autrice, Bianca, il peut tout à fait se lire sans connaître les prémices de la vie de son héroïne.

C’est une héroïne déchirée, désespérément en besoin d’amour, d’insouciance et de rêve. C’est une fille a qui on a tout enlevé, qui ressent cette espèce de condamnation par avance pour tout ce qu’elle entreprend. Chacune de ses actions semblant la rapprocher d’un relatif bonheur est écrasé par une fatalité horrible. Et pourtant, même quand ce désespoir l’emporte, elle trouve toujours la force d’essayer de relever la tête, mais seule. Bianca , c’est aussi une fille qui a été trahi tellement de fois qu’elle ne sait plus demander de l’aide. Quelques personnages gravitent tout de même autour d’elle, mais jamais elle ne s’abandonne complètement à l’un d’eux. Elle prend sans cesse les coups, mais conserve toujours une certaine retenue face au partage de sa détresse.

C’est un livre dur et profond, d’un réalisme et d’une justesse émotionnelle forte, qui reste en tête. Ce n’est certainement pas un roman qui donne à sourire ou à rêver, mais plutôt l’un de ceux qui marque et donne à la réflexion. Celui qui vous donne mal au ventre parce qu’il touche des sujets profonds dans lesquels beaucoup d’entre nous se retrouve. Il se dégage une forme d’universalité de ce roman, malgré ces thématiques parfois extrêmes.

Hope c’est une descente aux enfers, ou plutôt la continuité de ce chemin vers la fin, parfois ponctués de notes de lumière. C’est une plume cru et poétique, des phrases courtes mais tranchantes et une justesse constante. Ce style si rude donne une authenticité à la voix de Bianca, la rend encore plus réelle et vivante.

Le rythme est très particulier, on va de péripétie en solution puis en catastrophe, et cela tout au long du roman. C’est comme une immersion dans les sombres affres de l’humanité, et de l’esprit adolescent au comble de son désespoir. Loulou Robert nous tiens en haleine de cette manière tout au long de son roman, en nous offrant une succession saccadé d’actions, qui prenne vie dans le New York dans lequel l’écrivaine nous plonge avec habilité. Ce roman porte un réel ancrage dans cette ville et transmet de façon crédible ce voyage.

Loulou Robert installe une atmosphère extrêmement sombre et terrible, si bien qu’on ne peut s’empêcher de continuer la lecture tant on craint pour Bianca. Ce point rejoint l’additivité folle qui caractérise ce roman. On est plongé.e.s de manière vive et totale dans une ambiance propre à cette histoire, obscure et dramatique.

C’est une histoire que je recommande à tous ceux qui ont envie de découvrir une plume et une héroïne marquantes et touchantes.

Mes extraits

« Je me suis pesée. Je n’étais pas montée sur une balance depuis ma sortie des Primevères. Le psychiatre craignait l’obsession des chiffres. J’ai pris une grande inspiration. J’ai fermé les yeux. J’ai compté jusqu’à trois avant de les ouvrir. Mon cœur s’est emballé. C’est le passé. C’est la maladie. C’est le contrôle. C’est le jugement. C’est la douleur. C’est le changement. C’est la peur. C’est l’espoir. C’est beaucoup. J’expire pour relâcher la pression. Je ne résiste pas à l’envie de baisser la tête. Entre mes orteils se trouve le poids de ma vie. J’ai pris deux kilos en un an. »

« Pour la première fois, j’entrevois ce qui plaît à mon père chez elle. Katy est une gentille. Elle apaise par son calme et sa bienveillance. Elle ne parle jamais trop fort. Elle ne juge pas. Elle n’angoisse pas. Elle aide à dormir. Elle aide tout court. Elle est différente de ma mère. Ma mère n’est jamais tranquille. Elle rendait mon père fou. Au début, fou d’amour. A la fin, fou tout court. Ma mère l’a écorché. Katy l’a pansé. »

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