The Handmaid’s Tale

Titre : The Handmaid’s Tale (La Servante Écarlate)

Autrice : Margaret Atwood

Éditions : Vintage Books

Prix : 8,99 £

Genres : Dystopie, Anticipation, Féminisme

Synopsis : Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Mon avis

The Handmaid’s Tale est un roman glaçant, qui nous plonge dans un univers obscure et oppressant. Dans cette Amérique futuriste, on suit le personnage d’Offred, une femme que la république de Gilead pourrait résumer à une seule chose : deux ovaires viables. Une capacité à se reproduire devenu vitale à cette société qui s’éteint jour après jour. Devant cette crise, un pouvoir mystérieux et extrêmement conservateur a mis en place un système absolument terrifiant : les femmes comme Offred sont appelés les Handmaid et sont placées dans les maisons de haut-placés dont les femmes sont stériles. Leur seul but alors est de tomber enceinte de leur Commander, de laisser l’enfant à la femme et de recommencer ainsi jusqu’à ce qu’elles n’en soient plus capables.

Même si les Handmaid sont les plus touchés par l’immense restriction des libertés, celle-ci s’applique aussi à toutes les femmes vivant en Gilead. Ici, la lecture, l’écriture et même les regards sont proscrits. On plonge les femmes dans une autarcie totale afin de les rendre seulement aptes à leur principale fonction : perpétuer la race.

Parmi les victimes de cet horrible changement, nous sommes invités à suivre le quotidien d’Offred. Cette jeune femme partage le « foyer » des Waterford, et essaye par tous les moyens qui sont à sa disposition de laisser son esprit voguer vers d’autres horizons, vers sa vie d’avant qu’elle nous raconte durant plusieurs flash-backs. Par ce moyen, on découvre tout le processus qui mena à ce nouveau régime loin d’être démocratique. Mais aussi tout ce qu’elle a perdu, son mari, sa fille et son statut d’être humain quelque part. Ce sont ces choses de son passée qui la maintiennent toujours en vie, qui lui permettent de survivre malgré la situation inhumaine dans laquelle elle se trouve. Car bien souvent le « repeuplement » de cette république se fait au défaut de la santé mental de celles qui en sont à l’origine. Une fois leur utilité passé, leur enfant n’est plus le leur mais celui de la famille que la Handmaid sert. Donc en plus de leur enlever toute dignité humaine, on leur arrache la chair de leur chair.

Dans cette vision de la femme, tout leur est interdit, pour leur protection. Ce qui mène à une solitude et à un isolement immense. Notre héroïne ne peut parler qu’à un cercle très réduit de personne, à certains moments, et dans une certaine mesure. Car comme dans toute bonne société dictatoriale, l’espionnage des paroles et des pensées est monnaie courante. Ce confinement participe aussi à créer cette atmosphère étouffante et pesante qui persiste pendant une grande partie du roman. Cela appuie aussi l’ambiance mystérieuse dans laquelle est plongée Offred. Puisque, comme nous, elle n’a pas grand-chose de concret à se raccrocher. Tout autour d’elle ne semble n’être que fiction et mensonges, et elle ne sait plus qui croire. Nous, les lecteurs, sommes aussi perdu qu’elle, car rien ne nous rattache au réel. Aucune date, une héroïne sans prénom, aucun vrai repérage spatio-temporel : même si on nous précise l’évolution des USA vers ce régime étrange qu’est la république de Gelead, on reste finalement plus proche d’un univers parallèle plongé dans un univers archaïque.

Margaret Atwood adopte un ton dur et dénué de fioritures. Sa plume est aussi directe que son héroïne, et elle décrit avec intensité des scènes violentes et difficiles. Ce qui a découragé une partie du lectorat c’est justement cette écriture si descriptive ; mais pour moi elle correspond parfaitement à l’atmosphère pesante qui règne autour de Offred. Elle contribue à l’installation d’une tension psychologique qui sera présente jusqu’à la dernière ligne. Certes, ce n’est pas un roman avec énormément d’action, mais ce n’est pas forcément une chose que je recherche dans une dystopie.

Au niveau des personnages, je trouve Offred pour le moins atypique. Premièrement, elle met un temps fou à se dévoiler, elle reste donc antipathique pendant un certain temps. D’un autre côté, elle est très humaine, surtout si on la compare a des héroïnes telles que Tris dans Divergente qui ont un côté super-héros. Ici, Offred tient à sa vie, et a donc une certaine de passivité par rapport à son existence puisqu’elle ne prend pas de risques inutiles. Cependant, cet aspect du personnage ne m’a pas empêché de ressentir de la pitié pour elle, cela a peut-être même augmenter ce sentiment car cette humanité donne d’autant plus de crédit au personnage.

Les autres personnages, eux, sont plutôt en retrait puisque nous les voyons toujours par le prisme d’Offred, qui n’a pas la possibilité de s’adresser à la plupart d’entre eux, ou alors à certaines rares occasions. Le seul dont je peux vous parler sans vous révéler trop de choses est le Commander. Il représente pour moi un sentiment de dégoût profond, qui ne saurait s’altérer comme pour sa femme pour qui on peut ressentir de la pitié.

Ce roman m’aura réellement marquée, et me laisse dans un état similaire à celui dans lequel je me trouvais après ma lecture de 1984. Ce même mélange de stupéfaction et de gène, que je ne saurais décrire plus précisément. Si ce n’est qu’ici, la fiction a aussi stimulé la féministe en moi, et m’a révolté à autre niveau.

C’est un livre que je recommande à tous les lecteurs aimant les dystopies profondes et terrifiantes, qui éclairent sur une menace présente dans notre société actuelle, même si elle est moins visible que d’autres.

Mes extraits

« I sit in the chair and think about the word chair. It can also mean the leader of a meeting. It can also mean a mode of execution. It is the first syllable in charity. It is the French word for flesh. None of these facts has any connection with the others.

These are the kinds of litanies I use, to compose myself »

« The minimalist life. Pleasure is an egg. Blessings that can be counted, on the fingers of one hand. But possibly this is how I am expected to react. If I have an egg, what more can I want ?

In reduced circumstances the desire to live attaches itself to strange objects. I would like to have a pet : a bird, say, or a cat. A familiar. Anything at all familiar. »

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